La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
Mardi 17 août 2010 :
Je me réveille d'un coup presque en sursaut. Mes paupières se referment aussitôt, j'ai beaucoup de mal à les rouvrir.
Je vois une grosse pendule en face de moi qui m'indique 13h, et je me souviens que je suis en salle de réveil.
Mes yeux se referment à nouveau.
Quand je parviens à les rouvrir, 30 minutes se sont écoulées.
Le réveil est difficile. Je me sens lourde, pâteuse, comme embourbée. Mes paupières pèsent une tonne, garder les yeux ouverts est une vraie lutte.
Un ressenti extrêmement désagréable s'impose à moi, de façon très soudaine, comme un flash back.
Je me souviens qu'on m'a mis la pression, qu'on me criait dessus : "Allez Madame, aaaaallEEEZZ, AAAALLEEZ!!! VOILA COMME CA, TREEEEEES BIEN!!"
Je me rappelle avoir fait un effort pour me soulever sur mes coudes, et même m'être dit dans ma tête "mais arrêtez de crier, laissez moi dormir!!".
Je suppose qu'il s'agit là du moment où on m'a fait passer de la table du bloc à mon lit. Je n'en sais rien au juste mais je sais que je n'ai pas rêvé, les choses me reviennent avec une clarté effroyable.
Ce souvenir est très stressant, je me sens terriblement mal tout à coup, avec le coeur qui bat à tout rompre et les mains qui se mettent à trembler.
Je me rends compte que j'ai aussi très très envie de faire pipi. J'appelle quelqu'un, c'est une dame qui arrive.
Elle m'explique que c'est normal avec la perfusion et qu'on m'a enlevé la sonde urinaire un peu tôt, elle va m'apporter une bassine.
La bassine calée sous les fesses, j'y arrive pas. Faire pipi allongée c'est impossible pour moi, malgré tous mes efforts (toutes mes pensées sont centrées sur les chutes du Niagara, mais non).
Heureusement l'infirmière est patiente et très gentille.
Elle appelle une collègue, pour poser une nouvelle sonde urinaire : ça devient urgent et à trop attendre on risque une infection.
Elles n'y arrivent pas. Ca commence à me faire mal. Elles appellent d'autres collègues, elles sont cinq à farfouiller pour essayer de poser cette fucking sonde, rien à faire, personne ne trouve mon urètre.
Leurs investigations me font très mal, on décide de s'arrêter là.
La première infirmière prend les choses en main :
"Et puis zut, on ne peut pas la laisser comme ça, on va l'asseoir sur le bord du lit, les jambes pendantes, ça peut l'aider!".
Effectivement, ça m'aide un peu, très peu, mais elle n'hésite pas à revenir aussi souvent qu'il le faut pour recommencer l'opération, même si je n'étais pas sensée me lever pendant 24h.
J'ai beaucoup apprécié la gentillesse de l'équipe en place ce jour là, qui s'est décarcassée pour ne pas me laisser dans ma galère.
Mon chirurgien vient me voir et me demande comment je me sens.
Immédiatement, ma première pensée, ma première question est pour ma trompe : est ce qu'il a dû me l'enlever?
Il sourit et me répond : "Non on a pu la sauver. Il y avait un hydrosalpinx dessus, mais on a pu la réparer. Votre utérus est parfait, on a pu enlever quelques autres petites adhérences, le test au bleu (l'hystérosalpingographie, ouf pendant mon anesthésie!) a montré un passage impeccable. Il y a toujours 50% de risques que la trompe se referme, et désormais le risque de grossesse extra utérine est plus important, mais je suis optimiste. Maintenant c'est à vous de faire le reste".
Les larmes me montent aux yeux. Si j'étais pas clouée au lit, je ferais un numéro de claquettes pour mon chirurgien, qui s'est démené pour me laisser ma trompe chérie.
On se raccroche à tout quand on est en PMA. Même à l'une des choses les plus infimes et à la fois la plus importante au monde : une trompe de Fallope.
Vers 16h, je peux enfin réintégrer ma chambre. Une infirmière vient s'assurer que je suis bien installée et me dit que ses collègues de la salle de réveil ont expressément demandé à ce que je puisse me lever pour aller aux toilettes.
Elle me rappelle que je suis tenue au lit pendant 24h normalement, mais elle me donne une chance : si tout va bien lors d'un essai en sa présence, ce sera d'accord.
Nous faisons donc un test : je m'assieds doucement sur le bord du lit, me lève lentement. L'infirmière m'incite à la prudence et à prendre mon temps, et je suis soulagée qu'elle ne me presse pas.
Tout se passe bien, ouf!! J'ai le droit d'aller aux toilettes toute seule, et je savoure ce grand luxe qui m'est accordé.
Ce qui tombe plutôt bien, parce qu'en fait il faut que j'y aille toutes les demies heures!
Le soir, M. Lambda arrive enfin, il a l'air fatigué, je vois bien que sa journée a été longue!
Je lui explique immédiatement pour ma trompe, et l'heure qu'il passe auprès de moi est empreinte de soulagement et d'espoir. J'ose penser qu'il rentre à la maison le coeur léger.
La nuit se passe difficilement.
Je dois aller faire pipi toutes les heures environ. J'ai très mal au ventre et aussi à l'épaule gauche : la faute au gaz que l'on m'a injecté et qui est remonté dans une épaule. Une infirmière de l'équipe de nuit m'explique que c'est très fréquent et que ça va bientôt passer. Elle me dit que plus vite j'évacuerais le gaz, plus vite je serais soulagée.
Bon, pour évacuer le gaz, il n'y a pas de mystère : il faut péter.
Sauf que moi je ne sais pas le faire sur commande... J'ai toujours dit que j'avais raté une vocation de princesse, ben voilà la preuve!
Mercredi 18 août 2012 :
J'ai toujours très mal. Le thé et le yaourt qu'on me sert au petit déjeuner passent difficilement.
On me retire la morphine et on me met sous paracétamol, toujours en perfusion.
Les aides soignantes et infirmières m'incitent à me lever et à marcher pour m'aider à évacuer le gaz, mais c'est trop difficile : J'ai du mal à me tourner, à m'asseoir et je marche courbée en deux.
Pour me motiver, une aide soignante me dit même avec entrain : "Allez Madame, il faut péter!! Si vous pétez, je vous retire la perfusion cet après-midi, d'accord?".
Eeeuuuuuh. C'est pas que je veux pas hein. Mais vraiment, je n'y arrive pas!!
J'ai quelques rots (miam miam), mais ça ne convient pas. Il FAUT absolument péter, c'est par CE chemin que le gaz doit s'en aller.
Mais on m'enlève quand même ma perfusion, ce qui me permet de marcher un peu plus facilement. Je sors dans le jardin de l'hôpital, une demie heure tout au plus.
Je remonte dans ma chambre épuisée et dors une heure et demie.
La journée se passe entre somnolence et douleurs. Le souvenir de l'épisode stressant au bloc remonte très régulièrement et me donne des bouffées d'angoisse.
Au dîner on me sert de la soupe aux poireaux.
Enfin ça c'est la version officielle, en vrai j'ai eu une sorte d'extrait de bouillon de poireaux, sans que jamais un poireau n'y ait mis les pieds.
Dans la nuit mes douleurs m'empêchent de dormir. je finis par me lever pour aller tourner en rond dans le couloir pendant une bonne heure.
Rien à faire. Je me recouche épuisée, avec des sueurs froides, mais pas plus soulagée.
J'ai l'impression que je vais crever dans la nuit et je crois apercevoir la Douleur, assise à mon chevet qui coud mon linceul, pendant que la Peur me couve du regard.
Jeudi 19 août 2010 :
On m'annonce que je sors en début d'après-midi, youpi!!
M. Lambda n'est pas content d'être prévenu à la dernière minute et râle un peu de devoir venir me chercher. Mais il vient quand même.
L'aide soignante qui apporte les repas a pitié de moi : pour le déjeûner, elle me donne un plateau qui contient une entrée, un plat, du fromage, et un dessert, en douce, au lieu de l'extrait de bouillon de poireaux qui m'est destiné.
C'est très gentil de sa part, surtout que je n'ai rien demandé, mais il me semble que si l'on me donne quelque chose de très léger ce n'est pas pour rien.
Du coup me voilà très embarrassée devant mon plateau, et je mange un peu pour ne pas être ingrate, au regard des risques qu'elle a pris pour moi.
Malgré mes précautions, ce repas est trop riche et le peu que j'ingère agresse mon estomac et mes intestins.
Enfin il est temps de rentrer.
Le retour est un calvaire, chaque bosse, chaque ornière de la route me fait un mal atroce.
J'en pleure dans la voiture.
Mais enfin me voilà à la maison, épuisée mais heureuse d'être rentrée.
Lorsque je m'allonge et m'enfonce dans le sommeil, j'ai la sensation qu'on me bourre le ventre de coups de poings et ça me réveille en sursaut.
Il ne me reste plus que trois points sur le ventre en souvenir de cette opération : un de chaque côtés de l'aine qui disparaîtront au fil du temps, et un que je garderais à jamais, au nombril, comme un témoin silencieux toujours fidèle au poste.
Mais il faut aller de l'avant désormais.
Comme l'a dit le chirurgien, maintenant c'est à nous de faire le reste.