La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
Septembre 2010 :
Quand je pense à cette citation de Jean-Paul Sartre, parfois je me demande s'il n'est pas passé par la PMA lui aussi, tellement c'est vrai dans ce contexte.
Pendant toute la durée du parcours, l'entourage revêt un visage extrêmement ambivalent. Tour à tour un soutien solide et un ennemi féroce, sa place est prépondérante dans les montagnes russes qui jalonnent le quotidien d'un couple en PMA.
D'abord, il y a Ceux Qui Ne Savent Pas.
Ceux qui parlent en l'air, qui ne réfléchissent pas, qui plaisantent sur un sujet dont ils ne soupçonnent rien, la plupart du temps. Une ignorance et une maladresse qui ne manquent jamais leur cible : ceux-là font mal, très mal.
A eux, j'aurais volontiers donné accès à mes pensées, au cours de ces discussions complètement surréalistes lors de rencontres mondaines, familiales, et parfois juste banales :
"AAAAAALOOOOOORS????!!! Quand est ce que vous nous faites un bébé? - euh pardon? faire un bébé pour qui? - Vous avez perdu la notice? - pourquoi, tu veux me montrer? - Va falloir vous activer un peu hein, tic tac, tic tac!! - ah, tu trouves que je suis bientôt périmée? - Ouuuuh c'est quoi ce petit ventre rond, tu nous cacherais pas un petit quelque chose, toi? - si, 5 pots de Nutella format familial pour absorber mon dernier test négatif - Tu bois pas? t'es enceinte? - Je suis alcoolique à ce point que le moindre refus de verre parait suspect? - Au fait t'es au courant que Machine est enceinte? - Quoi quoi quoi? - T'as une petite mine, tu nous cacherais pas un petit quelque chose toi? - si, une gastro que tu vas sûrement attraper aussi - Et sinon, le bébé? Toujours pas? - et toi, la politesse? Toujours pas? - Rah ces couples qui font les Fécondations In Vitro, ça me fait froid dans le dos, c'est tellement contre nature!! - et ta connerie, elle est pas contre nature des fois? " .
Voilà typiquement le genre de conversation, anodine en apparence qui a pu me faire sentir minable, différente, pointée du doigt.
Et puis il y a Ceux Qui Savent.
Ceux là sont peut être les pires.
Hormis les intervenants du corps médical, au courant forcément, ce sont des gens que l'on aime, auprès de qui l'on s'est épanché, que l'on a informé.
Ce sont des gens qui nous aiment aussi, qui voudraient tant nous voir y arriver enfin, qui voudraient tant nous donner LA solution, LE remède.
Qui se trouvent désemparés devant une telle souffrance, qui ne savent pas quels mots, quelle attitude pourraient mettre du baume sur tout ça.
Ils espèrent avec nous, souffrent avec nous.
Je dis que ce sont peut-être les pires, parce que nous aussi, on voudrait tellement arrêter de les décevoir, les délivrer de ce malaise qu'ils peuvent ressentir, leur annoncer enfin LA bonne nouvelle, les appeler pour se réjouir avec eux et ne plus pleurer sur leur épaule.
Ceux Qui Savent savent parfois tout, parfois quelques bribes, parfois juste que ce sera un peu plus long, un peu plus compliqué.
D'un point de vue extérieur, ils sont très intéressants dans le décor de la PMA. Je crois vraiment que c'est dans les situations extrêmes que l'on apprend à connaître les gens.
J'ai pu observer pas mal de réactions différentes parmi nos proches au courant de notre démarche, et j'ai été fascinée d'en voir une revenir plus souvent que d'autres : la Peur.
Côtoyer un couple en parcours de PMA fait forcément se dire "Et si c'était moi? Ca leur arrive bien à eux, ç'aurait pu être moi".
Je vous rassure, chez certains le déni arrive assez vite derrière, avec une sorte de soulagement c'est la loi du "Ca n'arrive qu'aux autres" qui vient prendre toute la place : "Ca leur arrive à eux, statistiquement, ça ne peut pas m'arriver, ouf".
Ou quand évoquer quelque chose de rationnel dans une idée totalement irrationnelle suffit à faire taire ses angoisses...
C'est difficile avec Ceux Qui Savent.
Quand ils attendent le verdict mensuel et qu'il faut encore leur annoncer que c'est pas pour cette fois. Quand ils voudraient bien demander où vous en êtes, mais n'osent pas de peur de vous faire du mal. Quand ils hésitent à vous dire qu'ils attendent un bébé, eux. Quand ça vous fait de la peine, à la fois parce que vous êtes sincèrement heureux pour eux et parce que merde, pourquoi c'est jamais votre tour? Quand ils vous écoutent, cherchant désespérément comment vous apaiser. Quand vous voudriez bien leur parler, leur dire vos espoirs, vos craintes, vos souffrances, votre envie d'y croire, et que vous n'osez pas de peur d'accroître leur malaise. De peur aussi de ne plus parler que de "ça".
La PMA c'est dur, pour ceux qui la côtoient et ceux qui ne font que la frôler.
La PMA c'est sale, ça fait mal et ça isole.
On en vient à se dire que l'on n'aurait pas dû se confier, ou que l'on aurait dû le faire plus tôt, et puis non en fait, qu'on fait du mal à notre entourage, et on finit par faire le vide autour de soi.
Parce que personne ne peut comprendre ce que traverse un couple en PMA s'il ne l'a pas traversé lui même, malgré toute l'empathie du monde, personne ne peut savoir comme on recherche et rejette à la fois ce regard rempli de tristesse et d'impuissance, cette épaule, cette main posée sur notre bras.
En PMA, l'Enfer c'est les Autres. Parce qu'eux aussi nous renvoient à nos angoisses, ils sont le visage que l'on croit cacher, ils sont la peine que l'on cherche à enfouir, la sympathie que l'on croit ne pas mériter.
Alors comment faire quand on fait partie de Ceux Qui Savent?
Je dirais de rester simple. Ecouter suffit. La personne qui se confie à vous n'attend pas de réponse, juste une présence, de la sympathie, du soutien. C'est tout.
Et n'oubliez jamais, jamais, que vous faites peut-être aussi partie de Ceux Qui Ne Savent Pas.