La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
10 février 2012
Etat émotionnel : compliqué.
Enfin, enfin me revoilà auprès de mes bébés. Je suis partagée entre la joie de les retrouver et le désespoir d'avoir dû les laisser cette nuit, et combien d'autres encore?
La grande nouvelle du jour, c'est que Lorna commence à se remplumer : elle a dépassé son poids de naissance de 10g et commence à avoir de petites joues. Elle a également digéré 12 ml de lait sur les 14 ml proposés, et ça aussi c'est un grand pas en avant.
Daylan quant à lui dépasse allègrement son poids de naissance et peut supporter plus de lait que sa sœur.
La Peur qui me tient par la gorge depuis des jours desserre un peu ses doigts froids, ce qui ne l'empêche pas de me souffler à l'oreille de ne pas me réjouir trop vite, elle a plus d'un tour dans son sac.
Aujourd'hui, j'ai rendez-vous avec la pédiatre de la néonat qui accompagne mes enfants.
Elle me dit qu'elle est très impressionnée par les progrès de Daylan et Lorna et que si tout continue comme ça, ce week-end ils pourront sortir du service des soins intensifs pour aller en néonat simple.
Ce week-end c'est dans deux jours!
La néonat simple c'est la dernière étape avant la sortie, la pédiatre me dit que les chambres sont plus sympa, avec une petite baignoire intégrée au lavabo pour pouvoir donner le bain sans avoir besoin d'un membre de l'équipe médicale. Qu'on est un peu plus "comme à la maison" si tant est que cela puisse être.
Lorna est toujours sous perfusion, mais les choses avancent bien et l'espoir qu'on la lui retire bientôt est permis.
Le séjour en néonat simple sera sans doute long, puisqu'il est d'usage de garder les bébés jusqu'au terme de grossesse prévu (ce qui veut dire environ un peu plus d'un mois et demi encore).
Il y a évidemment des conditions à remplir pour qu'ils puissent sortir de l'hôpital :
- Qu'ils soient complètement autonomes pour respirer
-Qu'ils atteignent un certain poids (en moyenne 2.300 kg, plus généralement 2.800 kg)
- Qu'ils soient au point sur le tiercé gagnant respiration-succion-déglutition, afin qu'ils puissent se nourrir
- Et enfin qu'ils aient acquis la pleine régulation de température.
La pédiatre ajoute qu'ils feront leur possible pour que mes enfants sortent en même temps de l'hôpital.
Derrière elle je vois la Joie qui me fait sa chorégraphie de la victoire et qui me donne très envie de danser avec elle.
En attendant me voilà à nouveau pour une grande partie de la journée avec mes bébés et les bonnes nouvelles s'enchaînent :
Une infirmière me propose de donner son premier bain à Daylan, ce que j'accepte avec joie et terreur à la fois.
Mais elle promet de rester près de moi pour me montrer comment faire et que je sois rassurée.
Elle apporte une petite baignoire en plastique et m'apprend à baigner mon fils, comment retirer dans l'eau en douceur les électrodes débranchées et collées à sa peau.
Les mains dans l'eau je tiens mon fils et le baigne doucement tandis qu'il sourit en regardant vers moi.
Enveloppée par l'Amour en personne qui a placé ses mains sous les miennes, j'entends à peine quand l'infirmière m'annonce qu'on va pouvoir lui passer son tout premier body, et que désormais je vais pouvoir lui administrer ses soins de toilette hors de la couveuse.
Et je peux vous dire que quand on est habituée à changer une couche en étant positionnée à côté du bébé, c'est une toute autre histoire de le faire face à lui. Mais ça change tout. Je peux le regarder pendant que je le change, gagatiser avec lui et une fois que le coup de main est pris, quel bonheur alors!
Je tiens dans mes bras mon bébé, tout propre et habillé d'un body prêté par la néonat en attendant qu'on achète les siens dans la taille adéquate. Et même s'il nage un peu dedans je ne peux m'empêcher de penser qu'enfin il ressemble à un vrai bébé.
Le Bonheur repousse timidement la Peur pour se faire une place dans mon cœur.
Et puis vient l'heure de la visite de Monsieur Lambda et puis celle de rentrer à la maison.
Ragaillardie par la perspective des bonnes nouvelles qui se dessinent, le retour est moins dur qu'hier.
Malgré tout, sitôt que j'ai franchi le seuil de mon appartement, le Silence qui m'accueille me semble si épais et assourdissant que le souffle me manque un peu.
"Allons, allons , me sussure la Culpabilité avec un sale sourire, tu croyais vraiment qu'on t'aurait laissée toute seule?".