La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
28 février 2012
Etat émotionnel : un genre de milkshake composé de dégoût, de détachement et de bonheur.
Malgré ma peur, je suis bien évidemment retournée à la néonat.
J'ai retrouvé l'infirmière sympa qui avait répondu à mes questions et qui m'avait rassurée sur l'autonomie que nous acquérons au fur et à mesure, et non d'un seul coup.
Je lui ai raconté les derniers évènements, et si elle a eu la délicatesse de ne pas commenter l'attitude de ses collègues, j'ai bien vu qu'elle ne cautionnait pas du tout l'ambiance générale.
Elle m'a beaucoup rassurée sur les biberons, en me disant que gérer l'épaississant dans le lait c'est toujours une galère, qu'elle même malgré ses années d'expérience fait du plâtre 9 fois sur 10.
Quand elle a ajouté que nous n'avions pas été bien préparés à la sortie de Daylan, j'ai compris que le problème ne venait pas que de mon manque d'expérience et cela m'a complètement soulagée.
A partir de là j'ai pu prendre plus de distance avec le discours du personnel médical de l'hôpital Moisi.
Je ne m'étendrais pas plus sur les conversations de l'espace avec une aide soignante qui nous a accompagné durant trois jours et qui était du genre à répondre "oui!" quand on lui demandait l'heure, ni sur les moitiés d'infos qu'on a pu me donner comme cette fois où l'on m'a dit que Lorna avait eu un examen pour vérifier son fond d’œil sans qu'on me donne le résultat puisqu'un interne devait passer pour me les communiquer.
Interne que je n'ai jamais vu, soit dit en passant.
Je passe également sur le fait que depuis l'Affaire des tétines à vitesses, TOUS les membres du personnel de la néonat, même ceux qui ne s'occupent pas de ma fille, passent nous voir tous les jours pour voir (et commenter) où on en est, ce qui devient légèrement relou assez vite.
Et sur le fait qu'en me voyant changer la couche de Daylan un jour de caca atomique avec MES produits et MON coton, une aide soignante se soit permise de commenter "Et ben, ça y va le coton avec vous! Vous avez prévu un budget exprès pour ça? Non parce que vraiment, ça doit filer vite les paquets chez vous!".
Exit également les réflexions dans le vent sur le fait que ma fille est tellement grande (ben non elle est hypotrophe, donc trop petite, mais c'est pas grave), qu'elle va bientôt passer à un lit normal sans qu'on puisse me dire quel poids elle doit atteindre pour cela (ben tais toi alors si tu ne t'appuies sur aucun argument!).
Ce que je retiens de tout cela c'est que de la blouse blanche, rose, verte, bleue, j'en ai soupé jusqu'à l'indigestion, et je n'ai qu'une hâte, que Lorna rentre à la maison et que ça s'arrête avant que j'aille vomir.
Je préfère retenir que ma fille prend des forces chaque jour. Qu'elle grossit bien, prend bien ses biberons, et qu'enfin elle commence à réguler sa température ce qui nous permet d'envisager son passage dans un berceau classique pour bientôt. Et que cette nuit on a pu lui retirer sa sonde gastrique, même s'il est prévu de la lui remettre la nuit car elle se fatigue encore vite sur les biberons.
Que du côté de Daylan, maintenant je gère bien les biberons et qu'il les boit de mieux en mieux, même si ça reste un peu difficile. C'est un bébé adorable qui pleure peu, même s'il commence à souffrir des coliques du nourrisson.
Ces progrès sont des victoires, et chaque jour je me conditionne à rester concentrée la dessus avant ma visite à Lorna avec son frère.
Comme Daylan est sorti de l'hôpital, le Pression de notre entourage se fait plus forte pour le voir.
Je comprends bien sûr, mais deux choses nous en empêchent :
- D'abord, l'hôpital m'a recommandé d'éviter au maximum les visites. Nous sommes en plein hiver, les microbes circulent et mon bébé ne doit absolument pas tomber malade.
Donc sont interdites les sorties dans les endroits surchauffés et pleins de monde, les visites familiales où il pourrait passer de bras en bras, et la proximité d'autres enfants.
- Ensuite, nous avons des scrupules à présenter Daylan avant que Lorna ne soit sortie de l'hôpital. Depuis le début ils vivent tout ensemble, les voilà séparés maintenant, et l'idée que Daylan découvre sa famille avant elle nous dérange beaucoup.
Les restrictions imposées par l'hôpital nous permettent donc d'attendre un peu qu'au moins Lorna sorte aussi, et comme nous comprenons que ce n'est pas facile pour Les Autres, nous acceptons de faire une exception pour mes beaux-parents. Même si je reste très en colère contre mon beau-père après sa tentative de passage en force en néonat.
Mais l'argument de Monsieur Lambda concernant le fait de ne pas punir sa mère pour ça, a fait mouche. Il a raison.
Samedi 3 mars 2012 :
L'hôpital nous a donné son feu vert pour présenter Daylan à mes beaux-parents. Les conditions sont les suivantes :
- Il ne doit pas passer de bras en bras.
- Pas de bisous
- Pas de câlins.
En fait l'idéal est qu'il ne quitte pas nos bras à nous, ses parents. On nous conseille également de ne pas nous éterniser, genre une heure de visite c'est le maximum que l'on puisse faire, Daylan est encore trop fragile.
Et de mon côté j'ai négocié que ce sera la seule visite avant la sortie de Lorna. Déjà que comme elle est coincée à l'hôpital elle rate plein de trucs, je ne veux pas rajouter ça en plus.
Monsieur Lambda accepte et c'est ainsi que nous nous rendons chez ses parents, Daylan bien emmitouflé pour qu'il ne prenne pas froid.
Nous arrivons, je porte Daylan dans mes bras.
A peine arrivés, mon beau-père veut lui prendre la main, j'ai tout juste le temps de me détourner et de rappeler que si les règles énoncées depuis la veille ne sont pas respectées, nous ne pourrons pas rester.
Ceci jette un Froid sur la visite, évidemment. Je sens son souffle glacé emplir toute la pièce et vexé, mon beau-père s'éloigne de Daylan.
Ce n'est pourtant pas faute de leur avoir expliqué, dit et redit. Je comprends qu'ils n'en puissent plus d'attendre, mais je ne comprends pas que cela passe avant la sécurité de leur petit-fils.
Quand ma belle-mère sort de vieilles boîtes à musique au son discordant qu'elle met en marche toutes en même temps et que Daylan finit par pleurer, elle dit "OoOoh il a faim, je peux lui donner le biberon?"
Ben non, puisqu'il faut le tenir dans nos bras pour ça et que de toute façon ce n'est pas l'heure du biberon! Ce qui ne manque pas de rajouter une couche au Froid déjà bien installé, et bien sûr de me faire ENCORE passer pour la méchante belle-fille.
Cette toute première visite est éprouvante pour tout le monde finalement, et je suis contente quand elle arrive enfin à son terme.
Au moins c'est fait, on va enfin pouvoir souffler un peu là dessus.
Et on va pouvoir retourner auprès de Lorna.
Laquelle nous attend avec de magnifiques nouvelles :
Enfin, elle est passée à 6 biberons par jour, elle régule bien sa température désormais et si elle a toujours sa sonde gastrique pour se reposer la nuit, les progrès se font à une telle vitesse que l'espoir est permis pour une sortie... dans la semaine!!
Wouhouhouuuuuuu!
On essaie de ne pas s'emballer bien sûr. On sait que tout peut changer d'un jour à l'autre, mais cette nouvelle me permet d'oublier la visite que nous venons de faire avec Daylan et on peut le dire, j'aperçois la tête du Bonheur passer timidement par la porte.
Parce que même si nous somme déjà heureux d'avoir Daylan à la maison, sa présence rend l'absence de Lorna à la fois moins dure et insupportable.
A l'idée de ne plus vivre cette ambivalence, les miettes de mon cœur commencent à se recoller peu à peu, et c'est plus légers que nous quittons Lorna ce soir pour rentrer avec son frère.
L'Inquiétude commence à se dissiper, comme lorsque la nuit fait place au jour, cet instant précis où la nuit n'est pas tout à fait partie mais où le jour commence à poindre et que l'on appelle entre chien et loup.