La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
Dimanche 4 mars 2012
Etat émotionnel : toujours partagé.
Depuis son biberon de 7h, Daylan ne prend que peu de lait, genre un tiers à chaque biberon. Il dort énormément et l'Inquiétude me souffle que ce n'est pas bien normal.
Néanmoins, nous partons comme d'habitude pour la néonat voir notre petite Lorna.
Arrivés là bas, son infirmière prend des nouvelles de Daylan. Je lui explique ce qui se passe et elle me dit qu'il est sans doute encombré au niveau des intestins et qu'il faudrait lui mettre un suppo de glycérine pour l'aider.
Ok, je note, parce que là on est dimanche et qu'on n'en a pas.
Elle nous propose de nous en donner un, puis nous fait la morale pendant une bonne dizaine de minutes sur le thème "c'est pas la pharmacie ici".
Ca me gave, on n'a rien demandé que je sache! C'est quoi l'intérêt de proposer de nous dépanner pour se comporter comme si on l'avait exigé, à la fin?
Je suis tellement saoulée que je ne relève plus, me contentant de ponctuer son laïus de "oui oui bien sûr" réguliers. J'en ai marre d'être traitée comme une sale gamine mal élevée.
Elle continue de me faire la leçon pendant que nous essayons d'administrer le suppo à Daylan. On n'y arrive pas, mais ça fonctionne : ça a suffit à le stimuler pour faire des selles, qui aux dires de l'infirmière ne sont pas normales en terme de consistance et de couleur. Elle nous dit que dès demain il faudra l'emmener chez le pédiatre, et de le surveiller en attendant : son petit ventre étant libéré, il devrait avoir faim au prochain repas.
Elle pense qu'il s'agit d'une gastro, parce que le virus court en ce moment, et nous recommande de bien nous laver/désinfecter les mains avant tout contact avec Lorna, et que si demain le pédiatre confirme la gastro, on ne devra pas ramener Daylan en néonat tant qu'il ne sera pas guéri.
2h plus tard, il est l'heure du biberon suivant pour mon fils.
Il dort comme un caillou, ne réclame pas son biberon et d'un coup je le vois devenu tout pâle. L'infirmière de Lorna nous dit que "là c'est sûr, c'est la gastro" et nous filons sans attendre au service des urgences pédiatriques, pétris d'inquiétude, sous le regard réprobateur de l'infirmière (étais-je sensée deviner ce qui lui arrive?).
Une gastro pour un petit bébé qui est encore en âge négatif en terme d'âge corrigé, ça peut carrément être fatal. Et ne parlons même pas du risque que sa sœur l'ait attrapée aussi, alors qu'elle est encore plus faible que lui.
Arrivés aux urgence pédiatriques, après avoir expliqué que l'infirmière de la néonat soupçonne une gastro, nous sommes immédiatement pris en charge, ouf.
Après divers examens où Daylan a étonné et fait craquer tout le monde avec son calme et sa bonne humeur, le pédiatre me dit que les pistes virales et infectieuses sont écartées, mais il va rester là pour cette nuit en observation afin d'évaluer ses prises de repas et ses selles.
L'équipe médicale nous installe dans une chambre avec un lit à hauts barreaux et un lit à côté : on me propose de rester auprès de lui, et c'est un vrai soulagement que de pouvoir le faire.
Pendant toute la nuit et la matinée du lendemain, tout le monde est aux petits soins avec nous, quel changement avec la néonat! On me parle avec respect et gentillesse, Daylan est toujours manipulé avec respect et douceur, on se trouve dans un vrai cocon où le me donne des informations régulièrement, et aussi plein de conseils pour prendre soin de mon fils.
Et même si mon ventre est plié tel un origami parce que Daylan a été ré hospitalisé à peine une dizaine de jours après sa sortie, au moins je ne me sens ni fautive ni accablée, pour une fois.
Lorsque le pédiatre vient me voir en ce lundi matin, il m'explique qu'en fait Daylan souffre d'une petite anémie, probablement déjà présente à sa sortie de la néonat et qui ne s'est pas arrangée depuis.
Ce qui explique pourquoi il dort autant et s'épuise sur ses biberons, le pauvre.
Il n'est donc pas du tout contagieux et il pourra retourner sans problème auprès de sa sœur dès cet après midi.
D'ailleurs le pédiatre me demande quel est le groupe sanguin de Daylan et je me rends compte que je ne dispose pas de cette information. Ce n'est mentionné dans aucun des carnets de santé de mes enfants.
Bon il me dit que ce n'est pas grave, il me prescrit un supplément de fer pour mon fils, une prise de sang et nous prend un rendez-vous avec l'hématologue pour jeudi.
Les infirmières de la pédiatrie me proposent d'appeler les infirmières de la néonat pour que je puisse avoir des nouvelles de Lorna, qu'on a laissée en catastrophe hier après midi.
C'est super sympa et je les en remercie du fond du cœur.
Elles reviennent en m'expliquant que l'équipe de la néonat a fait un pataquès épouvantable au sujet de la présence de Daylan, alors que les infirmières de la pédiatrie ont bien précisé plusieurs fois qu'il n'y a aucun risque de contagion. Elles ajoutent avec gentillesse et compassion "dites donc, ça n'a pas l'air d'être facile tous les jours en néonat pour vous".
J’acquiesce bien évidemment, touchée de leur sollicitude et en me demandant ce qu'on leur a réellement dit au téléphone à mon sujet.
Elles me disent qu'elles en ont parlé au pédiatre qui a confirmé au téléphone que Daylan ne présentait absolument aucun risque et qu'il recommandait même sa présence en néonat pour réconforter sa sœur.
Je suis étonnée et ravie qu'une telle initiative ait été prise!
C'est donc pleine de gratitude pour l'équipe qui s'est si bien occupée de nous, que je quitte les urgences pédiatriques, sachant qu'eux non plus je ne les oublierais jamais.
Lundi 5 mars 2012 :
De retour en néonat, TOUT LE MONDE, même ceux qui ne sont pas en charge de ma fille, nous regarde de travers et ce, jusqu'à ce qu'on s'en aille.
Dans la chambre de Lorna, je retrouve Monsieur Lambda qui a pris sa journée pour rester auprès de nous après la nuit éprouvante que nous avons passée et il m'explique que ce matin, on l'a informé que Lorna quitterait la néonat mercredi.
Mon dieu mercredi c'est après demain!!
Mon mari me dit qu'il a poussé une soufflante, il a dit que ça allait bien d'être prévenus 48h à l'avance, que Lorna pèse à peine 2kg00 et qu'il trouve que c'est bien limite pour la laisser rentrer à la maison. Et que de toute façon lui même ne peut pas se libérer avant jeudi pour venir la chercher.
Je crois qu'il a sorti toute la Frustration et la Colère qu'il ressent depuis que nous sommes arrivés dans le service, et je comprends un peu mieux pourquoi on nous regarde avec une hostilité carrément affichée.
L'équipe de la néonat a argumenté que Lorna serait mieux chez nous de toute façon.
Je crois qu'ils ne nous supportent plus en fait, cela dit ça tombe bien, on n'en peut plus non plus.
Mais effectivement, est ce vraiment utile de faire sortir Lorna maintenant, si elle doit se retrouver à l'hosto 10 jours plus tard comme son frère?
Et puis a 2kg00, elle est vraiment beaucoup trop petite pour être transportée en cosy, je ne sais même pas comment on va la ramener à la maison.
Il ne faut pas oublier qu'elle revient de loin ma petite Lorna, à sa naissance son pronostique vital était vraiment en jeu, et elle quittera l'hôpital avec un poids inférieur à celui de son frère?
L'infirmière à qui je pose la question me répond que de toute façon elle aura encore grossi d'ici là, qu'elle prend super bien ses biberons et que si c'est pour la garder juste pour qu'elle grossisse, elle peut très bien le faire chez nous.
Euh ouais ok... va falloir me dire à quoi sert ce service alors, franchement! Et puis je doute quand même qu'elle nous prenne miraculeusement 500g en deux jours hein.
Quoiqu'il en soit, Monsieur Lambda a négocié et obtenu une sortie pour jeudi.
On part de l'hôpital ce soir à la fois complètement écœurés et heureux.
Allez plus que quelques jours à subir toute cette merde et Lorna sera avec nous à la maison.
L'idée d'être tous les quatre ensemble chez nous me fait à la fois peur et l'effet d'une carotte qui nous fait avancer.