La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
13 février 2012
Etat émotionnel : en dents de scie.
Les bébés semblent s'adapter à leur nouvel environnement, aujourd'hui je les trouve moins stressés et ça me rassure un peu.
En revanche j'ai plus de mal avec l'équipe médicale qui nous accompagne.
Tout d'abord il y a eu une erreur de faite à la naissance des enfants. Dans leur dossier il est noté qu'ils sont nés a 35 SA+5, alors qu'ils sont nés a 33 SA+5.
Cette erreur de deux semaines est quand même importante à leur stade, et s'il a suffit de le signaler une fois quand ils étaient en soins intensifs pour que ce soit rectifié, ce n'est pas la même histoire ici.
A chaque nouvelle personne qui intervient (médecin, équipe soignante qui change) je dois le redire, réexpliquer, et a chaque fois c'est la même réponse "ha bon? pourtant c'est bien 35 SA+5 qui est noté là".
Croient ils que je me trompe ou que je mens? Sérieusement? Est ce si inimaginable de considérer qu'ils ont juste fait n'importe quoi?
Je reste patiente, mais je peux vous dire que ça à comme tendance à m'agacer fortement sur les bords, et pas mal au milieu aussi.
Dans le service de néonat simple, on voit clairement que ce n'est pas la même rigueur que nous avons pu connaître précédemment.
Ce qui est logique puisque, comme je le disais, lorsque les bébés arrivent ici ils sont plus forts, moins en danger, ce qui implique un certain relâchement général.
Mais la transition reste tout de même brutale.
On est passés d'un service très encadrant à un service où on se retrouve carrément avec la bride sur le cou.
Déjà, lorsque nous sommes présents, nous avons clairement la sensation que l'équipe médicale se "décharge" sur nous. J'emploie ici les guillemets parce que j'ai conscience que le terme que je choisis est fort, et pourtant je n'en trouve pas de plus approprié.
Quand une machine bippe, personne ne vient. PERSONNE. Comme je m'en étonnais auprès d'une infirmière, elle m'a carrément montré comment arrêter le bruit, et a ponctué sa démonstration d'un "Là, voilà".
Visiblement, peu importe que je ne sois pas qualifiée pour déterminer si les machines ont de vraies raisons de bipper ou non, à moi de me démerder.
Et nous aurons bien d'autre occasions de vérifier par la suite que la méthode Démerdator est plus que largement employée ici.
Dans ce service les explications sont rares, jamais clairement délivrées du premier coup et il faut limite enquêter pour savoir vraiment ce qui se passe.
Vous me connaissez un peu maintenant, depuis le temps que je rédige ce blog, vous comprenez donc sûrement que ça me stresse au plus haut point.
Ce qui fait que lorsque ce matin je trouve Daylan avec une nouvelle tétine qu'il ne prend pas parce qu'elle est trop lourde pour lui, évidemment je demande pourquoi sa tétine a été changée.
Il me faudra deux jours pour avoir enfin une réponse qui ne soit ni fuyante, ni embrouillée. Franchement, ça ne vous briserait pas les noix à vous?
Quand les enfants naissent prématurément, il faut savoir que la question de leur donner une sucette ou pas ne se pose pas une seconde.
Quand ils arrivent au monde trop tôt, généralement les bébés ne savent pas déglutir et on leur donne tout de suite une tétine pour qu'ils puissent acquérir ce réflexe. Et c'est l'hôpital qui les fournit.
Aucun problème pour moi, je ne fais pas partie de la Team Anti Sucette, donc tout va bien.
Mais pourquoi avoir changé celle de Daylan?
"Parce qu'il a dépassé 1kg500 et que le petit modèle était devenu dangereux pour lui" m'explique l'infirmière de la nouvelle équipe, deux jours plus tard donc.
Etait-ce si difficile à expliquer franchement?
Le soucis c'est qu'il n'arrive pas à la tenir en bouche, et qu'il pleure parce qu'il a besoin de sa sucette.
Et bien sûr quand quelqu'un vient enfin nous voir, c'est TOUJOURS lorsqu'il commence à s'endormir après avoir vainement essayé de téter le tuyau de sa sonde gastrique, essayé-perdu 100 fois sa nouvelle sucette en pleurant, et c'est donc systématiquement le même discours "Mais vous voyez il n'en a pas besoin, pas la peine de lui donner donc!".
Je respire beaucoup pour garder mon calme, et je crois que je ne suis pas loin de l'hyperventilation à ce stade.
Cette nonchalance me donne envie de hurler.
Le lendemain, c'est une nouvelle équipe qui s'occupe de mes bébés. L'infirmière et l'aide soignante sont passées se présenter vite fait et je n'ai plus vu personne jusqu'à l'heure du repas suivant, prévu au biberon à 17h.
A 17h30, coincée dans mon fauteuil avec Daylan dans les bras, lui même branché à une machine, il a fallu que j'appelle plusieurs fois assez fort pour qu'elle arrivent enfin, vu que c'est l'hôpital qui prépare les biberons.
Et c'est un vrai bordel qui a commencé.
Il était convenu que je donne un bain à chaque bébé. Je ne l'avais pas fait depuis le premier bain de Daylan, et je n'étais pas contre un peu d'aide pour me rassurer. Surtout pour Lorna qui est toujours très petite, à qui je n'ai jamais donné de bain et que j'ai peur de manipuler, en particulier dans l'eau.
On me dit de commencer par Daylan, et puis non on va commencer par Lorna, et en fait de compte non parce qu'elle doit manger donc ce sera Daylan le premier.
Un peu déboussolée, je suis les indication de l'aide soignante qui me dit de commencer à changer la couche de Lorna et qui s'en va. L'infirmière me dit qu'on s'occupera de Daylan ensuite.
L'aide soignante revient, et commence à être sur mon dos toutes les 3 secondes pour savoir si Lorna a des selles dans sa couche, alors que ma fille est tellement agitée que je ne parviens même pas à ouvrir son body.
Le Stress commence à monter.
L'aide soignante me dit d'un ton peu amène que tant pis on va laisser tomber le bain de Lorna (ah bon on en était au bain pour elle finalement?) parce qu'il est 17h45 et qu'elle doit absolument manger (sans blague, c'est pas comme si t'étais venue à l'heure pour la nourrir hein).
La Frustration d'avoir raté le bain rejoint le Stress qui me faisait déjà trembler de tous mes membres, et quand l'aide soignante me demande si je veux tenir Lorna pour lui donner le biberon et que je dois répondre non parce que je souhaite donner le bain à Daylan, la Culpabilité arrive à toutes jambes en se marrant pour servir un verre au Stress et à la Frustration.
En effet Lorna était déjà restée tout l'après midi dans sa couveuse, vu que j'avais Daylan dans les bras et que personne n'était là pour sortir la sortir de sa couveuse et réinstaller son frère dans la sienne.
Avec les verres, la Culpabilité n'a pas manqué d'apporter avec elle la sensation de délaisser ma fille, bien sûr.
J'essaie de me concentrer sur Daylan, mais même topo que pour sa sœur : il est très agité sur le plan à langer, je n'arrive pas à ouvrir son body parce que mes mains tremblent alors que je dois lui changer sa couche et que l'infirmière, à l'instar de sa collègue, me stresse pour savoir s'il y a des selles dedans.
Je lui dis qu'il est trop agité et que je n'y arrive pas et elle me répond alors "Ben oui, il a faim le pauvre chou, il y a une heure qu'il aurait dû prendre son biberon".
Je lui demande si on laisse tomber le bain alors et elle me répond que c'est comme je veux, il a sans doute très faim, mais si j'y tiens on peut donner le bain.
"HAHAHAHA, se marre la Culpabilité, tes enfants ont faim et toi tu veux leur donner le bain! Tu es parfaite dans le rôle de la Mauvaise Mère, bravo!".
J'ai envie de pleurer. Bien sûr que je tiens à donner le bain à mes enfants, mais je ne vais pas les laisser avoir faim pour me faire plaisir, franchement!
Ainsi donc l'infirmière me met Daylan dans les bras pour lui donner le biberon, mais il se tortille, n'y arrive pas et elle finit par lui remettre sa sonde. Tout ça pour ça.
Les bains n'ont pas pu être donnés à cause d'un manque d'organisation assez frappant, et quand je me permets de l'évoquer c'est limite si l'aide soignante et l'infirmière ne s'étonnent pas que je ne m'en sois pas chargée toute seule.
Ben oui, après une seule expérience de bain avec le plus fort de mes bébés, pourquoi j'ai pas tout géré toute seule hein?
Pendant cet échange pour le moins déroutant, Lorna hurle dans sa couveuse.
Aujourd'hui elle aussi a reçu une nouvelle sucette plus grosse, et elle aussi elle galère pour la tenir ce qui semble la mettre positivement en rage.
A ma demande qu'on lui donne son ancienne sucette parce qu'elle, elle n'a pas encore atteint 1kg500, l'aide soignante me répond "mais elle les fera bientôt, il faut l'habituer!".
Ouais sauf que là elle n'y est pas et qu'elle a besoin de téter pour s'apaiser, donc loin de moi l'idée d'insister hein, mais je VEUX qu'on lui donne la sucette adaptée à sa force pour la garder.
Je finis par obtenir gain de cause et moi je suis vidée, cette journée m'a épuisée.
Voilà, la néonat simple c'est ça.
Du jour au lendemain on attend des parents qu'ils soient complètement autonomes, mais comment l'être quand on a deux bébés en couveuse, branchés à des machines de tous les côtés? Quand on n'est pas encore suffisamment entrainés à donner le bain et même simplement à changer une couche en dehors de la couveuse?
Je raconte tout ça à Monsieur Lambda quand il arrive pour sa visite du soir, et sa réponse est à la fois pleine d'amertume et de logique :
"Bah on est à l'hôpital Moisi non? Ca reste cohérent avec tout ce qu'on a vu jusqu'ici, il n'y a qu'en soins intensifs que ça s'est vraiment bien passé avec eux. Je ne crois pas qu'il faille s'attendre à autre chose, ici".
Et en effet, il a raison.