La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
Juillet 2010, toujours :
Ce passage aux urgences me fait réaliser la différence entre les soins dans le parcours public et dans le parcours privé : soit on est vraiment pris en charge sans frais supplémentaire mais vraiment pas ménagé, soit on allonge le fric et le service est, la plupart du temps, à la hauteur des frais.
Aux urgences gynéco, j'ai fait la rencontre de la Peste, en personne. J'ai senti son regard fouiller les recoins de mon âme et sa langue pointue est venue toquer à la porte de ma conscience : oui je me sens mal, coupable d'être "déjà" en PMA, coupable de ne pas parvenir à faire cet enfant, coupable d'être allée demander de l'aide.
Comme elle me l'a dit, qui suis-je pour passer devant des couples en attente depuis plus de deux ans? Ne sont ils pas plus méritants, eux, les patients, les résignés? Ne seront ils pas plus aimants, plus choyants d'avoir subit l'épreuve du temps?
La Douleur me tord le ventre et ce n'est rien de plus que le prix de mon impatience, de mon arrogance dans ce projet bébé, ça ne fait aucun doute.
Suite à cet épisode désastreux, et puisque M. Lambda a effectué les examens demandés, nous voici de retour chez l'andrologue.
Assis dans son cabinet qui respire l'abondance, le médecin lui, derrière son bureau, ne respire pas la gaîté : le bilan est lourd.
D'un air désolé, il nous confirme l'inflammation de la prostate, nous indique un taux de testostérone bas et nous reparle de la varicocèle.
Il nous dit qu'avoir ces trois choses là en même temps n'est pas courant, et qu'il est bien en peine de nous expliquer d'où vient précisément le problème de fertilité de M. Lambda.
Il nous propose le choix suivant : soit on élimine les possibilités une par une, traitant chaque problème séparément, soit on fait tout en même temps, sans être certains de se diriger dans la bonne voie.
La première solution est sans aucun doute la plus fiable, mais aussi la plus longue. La seconde relève un peu du n'importe quoi mais aura le mérite de nous faire gagner du temps.
Nous ne savons pas quoi faire, nous sommes complètement désorientés.
Nous regardons l'andrologue, qui nous regarde. Je crois qu'à ce moment là notre désespoir était si poignant, qu'il a décidé de venir à notre secours.
Après un long silence, il s'est lancé :
"Peu importe finalement. Si vous êtes d'accord, nous allons opter pour la deuxième solution. M. Lambda, vous allez prendre un traitement pour soigner votre prostate pendant un mois. Faites attention et ne vous exposez pas au soleil, ça rend photosensible.
Pour votre testostérone, vous prendrez ce traitement là, et vous retournerez à la clinique où vous avez fait vos examens pour l'opération de la varicocèle.
Une fois opéré, il vous faudra un mois complet sans effort, et surtout ne pas porter de charge lourde. Il faut compter trois mois pour le renouvellement des spermatozoïdes, nous nous reverrons donc en octobre, pour que le temps passé soit suffisant. Vous referez un spermogramme à ce moment là."
Nous sortons du cabinet de l'andrologue soulagés (de l'esprit et du porte-monnaie) : Nous nous sentons guidés et ça nous fait du bien.
Rendez-vous est pris à la clinique pour M. Lambda, son opération aura lieu le 19 juillet 2010, au matin.
Nous devrons évidemment rencontrer un anesthésiste et discuter des formalités sur place, une semaine avant.
On a enfin le sentiment que notre situation avance, qu'on passe à des choses concrètes et cet entretien nous a remotivés : cette guerre, nous la menons à deux, nous ne flancherons pas.
Foi de Lambda.