La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
9 juin 2011 :
17ème jour sous Décapeptyl, ça commence à devenir difficile.
Et ça ne va pas s'arranger, puisque suite à la prise de sang de contrôle de ce matin, on attaque le Ménopur aujourd'hui.
Comme je me rends tous les soirs au cabinet d'infirmières, je connais toute l'équipe désormais, il y a 4 femmes et un homme. Tous sont très gentils.
Bien entendu, il a fallu raconter mon histoire à tout le monde. J'avoue que j'ai pensé à la rédiger sur des petits bouts de papier et distribuer à chacun son exemplaire pour m'économiser de la salive, à la façon de ceux qui font la manche dans le métro.
Mais bon, je suis restée la gentille patiente et j'ai obtempéré, voilà maintenant tout le monde est au courant dans le cabinet, ouf!
Tous les soirs, nous faisons mes piqûres d'un côté ou de l'autre de mon ventre, pour ne pas traumatiser un seul endroit.
Il en résulte d'énormes bleus, selon que l'infirmière du jour s'y prend bien ou non.
Le produit me fait mal quand il passe sous ma peau, le bord de mes jeans me fait mal sur mes hématomes.
Je commence à avoir l'air d'être régulièrement passée à tabac!
Encore un prix à payer n'est ce pas?
Fort heureusement, comme toujours la vie est bien faite : ça n'a jamais été trop mon genre de me balader le ventre à l'air, ça tombe plutôt bien.
De toute façon, vu comme je continue à prendre du poids par quintaux, faire la star en bikini à la plage, ce sera pas pour cette année hein.
Parce que oui, sans m'en rendre vraiment compte, j'ai explosé tous les compteurs de ma balance, le 44 commence à me serrer dangereusement, et j'ai de plus en plus de mal à trouver ma taille dans les magasins.
C'est à ça que je pense ce soir, quand une fois rentrée à la maison et après une bonne douche, je me regarde dans la glace.
Je suis grosse, vraiment, et je ne me suis pas vue le devenir.
Je me détourne du miroir en soupirant, pour commencer à essorer mes cheveux.
Et là c'est le drame.
Dans ma serviette, une grosse poignée de cheveux.
Dans le siphon de la douche, aussi.
Et dans la brosse, n'en parlons pas.
Ca fait quelques temps que ma chevelure s'amoindrit sérieusement, mais il faut avouer que là, on atteint des sommets.
Furieusement je commence à inspecter mon crâne, et je passe sans cesse la main dans ce qui fût une superbe crinière jadis, j'attrape sans tirer de grosses poignées, ça ne s'arrête pas.
Je fonds en larmes tout d'un coup : mes cheveux, mes pauvres cheveux!
Voilà, merci la FIV, à cause de toi je vais finir étouffée par ma graisse, et chauve, et maquillée comme une dame du Bois, et toute seule : M. Lambda va fuir à toutes jambes avec un programme pareil, qui voudrait d'une épouse obèse qui n'a plus un poil sur le caillou sans dec?
Je finirais toute seule, ayant étouffé mon chat par mégarde en m'asseyant dans mon canapé, en train d'éplucher les sites de rencontre spécialisés dans l'espoir de trouver un prince charmant qui ne verrait que ma beauté intérieure et je serais obligée de clore tous mes messages par : "adipeusement vôtre".
Je sors de la salle de bain complètement enragée, en train de pleurer toutes les larmes de mon corps.
M. Lambda a, à cet instant, l'outrecuidance de se trouver sur mon chemin et de me demander (un peu affolé, il faut bien le dire) ce qu'il se passe.
Je lui hurle en pleurant qu'il n'y a rien, plus rien à voir avec celle qu'il a épousé, que je suis grosse et moche et même pas fichue d'être enceinte.
Il me prend dans ses bras et ma fureur décuple : non mais quel hypocrite celui là, il ose me faire croire que les grosses chauves c'est son kif? Genre EN PLUS je serais assez bête pour gober ça? Allez ça suffit de faire semblant, il n'a qu'à me quitter tout de suite, ce sera fait!
Je me réfugie dans notre chambre en claquant la porte pour pleurer sur notre lit.
Ce n'est qu'après un long moment que je me rends compte de l'ampleur qu'ont pris les évènements, et je suis plutôt effarée.
Je ne me reconnais plus physiquement, et je ne me reconnais plus dans mes réactions.
La furie qui est sortie de la salle de bain et s'en est pris a son mari, ce n'est pas moi, ce n'est pas possible.
Quand je reviens dans le salon, M. Lambda tire un peu la tronche, et me dit qu'il a hâte que tout ça s'arrête enfin.
Et qu'au passage, non, les grosses chauves c'est pas son délire, alors qu'il doit forcément être un peu maso, n'est ce pas?
Je lui demande pardon et me remets à pleurer. Moi aussi j'ai hâte qu'on en finisse avec toute cette merde.
Heureusement, mon mari est un vrai prince charmant qui ne voit que ma beauté intérieure et qui caresse doucement mon crâne (chauve) pour me consoler.
J'ai une chance folle de l'avoir à mes côtés.
(Adipeusement vôtre).