La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
Fin juillet 2010, encore :
Quelques jours après l'opération de M. Lambda, je passe mon échographie afin de rechercher un éventuel hydrosalpinx sur ma trompe gauche.
Cet examen est déterminant quant à la suite des évènements :
Si ma trompe ne contient pas d'eau, et donc pas d'hydrosalpinx, je n'ai plus qu'à espérer qu'elle soit suffisamment en bon état pour qu'on la laisse là ou elle est.
Si l'on détecte un hydrosalpinx à l'échographie, là le médecin ne fera pas dans la dentelle et procèdera à l'ablation.
Le jour J, nous arrivons dans un cabinet cossu de la région parisienne : moquette plus épaisse que la touffe d'un Jackson 5, magazines éminemment chiants, sacs à main siglés posés au sol.
M. Lambda m'accompagne, nous faisons toujours nos rendez-vous PMA à deux. C'est moins pire comme ça.
On s'assied, et je regarde un peu autour de moi.
Ah, ok. Toutes les femmes présentes le sont. Toutes, sans exception, à part moi bien sûr.
Elles sont toutes ENCEINTES.
L'une d'entre elles me jette un regard entendu et un sourire complice : je comprends qu'elle pense que je suis là pour la première échographie de grossesse.
Ca m'embête de ne pas pouvoir la détromper.
Je suis seule face au camp adverse, qui me croit des leurs.
Enfin c'est mon tour.
L'échographiste est une femme et elle est super gentille.
Elle me dit de m'installer et me prévient qu'il s'agit d'une échographie endo-vaginale, par l'intérieur donc.
Je la vois enfiler le préservatif sur la sonde et je me dis que je vais encore passer un moment magique.
Heureusement l'échographiste est sympa et ne se montre pas brutale, contrairement à l'expérience faite aux urgences quelques semaines auparavant.
Elle explore l'intérieur de mon ventre, trifouille, cherche en silence.
Je peux tout voir sur un écran plat géant sur le mur auquel je fais face, et j'hésite entre regarder et fermer les yeux pour ne pas voir. Je me sens comme une voyeuse qui se cache.
C'est long, et je commence à avoir un peu mal.
Au final elle me dit :
"Bon, écoutez, moi je ne vois rien hein! Donc bon, allez, on dit qu'il n'y a pas d'hydrosalpinx, vous pouvez vous rhabiller!".
Je suis soulagée, mais dans ma tête je me demande quand même comment elle sait. Je veux dire, pour voir que ma trompe était bouchée, il a fallu injecter un liquide bleu pour faire apparaître la trompe sur une radio, comment une échographie, moins précise forcément, peut elle être parlante?
Néanmoins, je suppose qu'ils savent ce qu'ils font, le médecin, l'échographiste, tout ça.
Avant de partir, je passe à la caisse, évidemment.
La secrétaire me demande mon papier de prise en charge à 100% par la sécu. Mais ça n'apparaît pas sur la carte vitale? Elle me répond que non bien sûr, ça n'apparaît jamais.
Je suis étonnée vu que lors de mon hystérosalpingographie, la secrétaire m'avait dit le contraire.
Sans moufter je tends le papier et comprends qu'il s'agit là d'un sésame dont je n'ai pas intérêt à me séparer.
La secrétaire fait son travail et me demande de régler les 82,75 euros de dépassement d'honoraires.
Je soupire et obtempère.
Je ne suis plus à ça près, n'est ce pas?
Je récupère M. Lambda et nous nous en allons, soulagés.
Sans hydrosalpinx, j'ai une chance de conserver ma trompe. Il ne me reste plus qu'à rappeler le chirurgien pour convenir d'une date d'opération.
Et comme c'est notre rituel, nous nous dirigeons vers la pâtisserie la plus proche, engloutir un énorme gâteau, qui parviendra peut être a étouffer nos angoisses.