La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
1er février 2012
Taux hormonal : En chute libre
Voilà, enfin demain.
La nuit n'a pas été reposante, c'est le moins que l'on puisse dire : les machines très bruyantes, l'équipe médicale qui va et vient, certains patients qui souffrent... je ne suis pas bien sûre d'avoir vraiment fermé l'oeil. Au moins, comme on m'a changé de place, je peux voir l'heure qu'il est.
Cela dit ma perfusion de morphine fait son job, et j'arrive a m'assoupir de temps en temps.
La bonne nouvelle, c'est que je ne sens que vaguement la douleur.
Et aussi que je plane quand même pas mal, mais ça on va dire que c'est le bonus offert par la maison!
La matinée se passe. J'ai enfin retrouvé l'usage de la parole, et je sens a nouveau complètement mes jambes, ouf!
Vers 11h30, une sage-femme du service des Grossesses à Hauts Risques, où je suis hospitalisée, vient me voir et me propose de me rapporter mon téléphone portable et des cachets anti-montées de lait, puisque je ne souhaite pas allaiter au sein.
Je suis contente d'avoir le droit d'utiliser mon téléphone ici, vu toutes les machines qui m'entourent je ne pensais pas que c'était possible.
En attendant, je peux rappeler la néonat pour avoir des nouvelles des bébés, et cette fois je comprends mieux comment ils vont.
Daylan est dans le service de réanimation, on m'explique qu'il a besoin d'une assistance respiratoire légère, comme un coup de pouce pour l'aider à inspirer de l'air.
Lorna quant à elle, respire très bien, elle est aux soins intensifs et mobilise toute son énergie pour prendre des forces et grandir.
Je suis contente d'avoir de leur nouvelles, et en même temps je me sens tellement loin d'eux, de tout ça, que j'ai l'impression qu'on me parle d'enfants que je ne connais pas.
L'Angoisse, qui attendait assise près du téléphone, me regarde et se met à sourire : Ca y'est son heure est arrivée.
Elle se glisse doucement près de moi, son sourire qui s'élargit dévoile ses dents jaunâtres, et elle commence à persifler de sa langue noire et pointue :
"Mon dieu, mais quel genre de mère ne se sent pas intimement concernée par le sort de ses enfants? Tu réagis comme si tu lisais un fait divers dans le journal, alors que tu viens de les mettre au monde... finalement heureusement que tu n'es pas près d'eux, ils se rendraient bien compte de cette distance que tu ressens, et ça les tuerait, ça c'est sûr."
Je ferme les yeux pour ne plus l'entendre et qu'elle se tire d'ici. Mais elle rigole, contente d'elle, et j'ai du mal à déterminer si elle est vraiment là, ou si je suis en train de me faire un bad trip.
Vers le milieu de l'après midi, la sage-femme de ce matin revient.
Elle a mon téléphone, mais pas les cachets anti montée de lait qu'elle a promis, et que j'oublie de lui redemander.
Mon téléphone est allumé, en train d'attendre le code PIN, et ça doit faire un moment parce qu'il est presque entièrement déchargé. Je l'avais pourtant rechargé et éteint avant de descendre au bloc la veille.
Ce qui fait que j'ai à peine le temps d'essayer de joindre quelques personnes qu'il s'éteint déjà, mais je ne m'en fais pas, M. Lambda s'est chargé d'envoyer les sms à nos proches pour les tenir informés.
Vers 17h, les infirmières commencent à s'exciter : "Hiiiiiii! dans deux heures vous sortez et vous pourrez voir vos enfants!".
Je suis bien contente et j'attends patiemment.
A 19h, je suis encore là, mais on fait une prise de sang pour une dernière vérification de routine. Au moins, M. Lambda a pu me rejoindre et reste auprès de moi pour attendre les résultats.
Il me parle des enfants, et me montre les premières photos qu'il a prises.
Je vois des bébés dans des boîtes en plastique, branchés, intubés, tout gris, et petits, tellement petits... Je regarde les photos, presque incrédule, choquée en fait. J'ai du mal à y croire.
"MOUHAHAHAHAHA!".
C'est rien, c'est l'Angoisse qui se marre en regardant par dessus mon épaule, faut pas y faire attention, elle va finir par se barrer.
Mon mari m'explique que le personnel de la néonat a réclamé des langes pour envelopper les bébés, mais qu'il ne les a pas trouvé dans ma chambre. Il a alors demandé des mouchoirs en tissu à ses parents, et m'en tend un : nous devons les porter autour du cou pour qu'ils aient notre odeur.
Je suis contrariée. J'ai de magnifiques langes, faits dans du beau coton doux, qu'on a portés tous les deux pendants des semaines, je ne veux pas qu'ils soient langés dans un mouchoir qui appartient à mes beaux-parents.
Je réexplique à M.Lambda où se trouvent les langes dans ma chambre. C'est facile ils sont juste dans l'armoire! Il me dit que oui oui, d'accord, mais là il ne repassera pas par ma chambre et ça urge, donc ils auront les mouchoirs pour la nuit et nos langes demain.
Je suis déçue et je ne me sens pas très bien à cette idée.
Mais quand je sortirais, j'irais vite les chercher pour faire le changement, il ne s'agit que de quelques minutes maintenant. Alors je ne dis rien et noue le mouchoir à mon cou.
21h. Je suis encore là et on n'a toujours pas les résultats du labo qui doivent donner le feu vert pour ma sortie de la salle de réveil.
C'est la fin des visites, et M. Lambda doit s'en aller, en emportant les fameux mouchoirs.
Je fais grise mine. Cette histoire de langes me tracasse, et je suis coincée ici à attendre, je ne peux rien faire.
Je ne la sens pas cette affaire, j'en sais assez sur la manière de fonctionner de l'hôpital Moisi pour comprendre qu'on ne me laissera plus regagner ma chambre à cette heure.
Je commence à fulminer, et mon énervement augmente au fil des minutes.
23h30, quelqu'un arrive enfin et daigne se présenter.
Il est médecin anesthésiste et il m'annonce que mes analyses ne sont pas bonnes, que mes réflexes sont encore trop vifs et que je vais rester une nuit supplémentaire en observation.
Je ne sais pas à ce moment là qu'en fait, je suis en pleine pré-éclampsie, c'est à dire que je fais de l'hypertension gravidique et que cela peut m'être fatal.
Je regarde le médecin qui s'en va et me mets à pleurer.
Une infirmière vient me voir et je pète littéralement un câble.
Je pleure fort, je panique, je m'énerve et élève la voix : je veux voir mes bébés, j'exige de les voir! Je suis convaincue qu'on me les cache parce qu'il y a un problème dont on ne me parle pas, peut être même qu'ils sont morts, pourquoi m'empêcher de les voir sinon, pourquoi, pourquoi me retenir ici, pourquoi me mentir comme ça?
Et pendant que les mots se précipitent et se bousculent à ma bouche, dans un débit impressionnant, il se passe quelque chose dans ma tête :
"Allez, calme toi Mme Lambda, l'infirmière va croire que tu es folle, et elle va t'enlever les bébés. Essaie de te calmer, elle ne confiera jamais des nouveaux nés à quelqu'un de totalement hystérique, tu dois impérativement arrêter ça".
A mon stade je ne sais plus qui me raconte tout ça : moi, l'Angoisse ou la Paranoïa?
Je sais juste que je dois me taire, tout de suite maintenant et donner le change en offrant une image sereine et détendue.
Mais je n'y parviens pas et pleure sans discontinuer pendant presque une heure, en proie à une vraie crise de parano, prise dans un vrai bad trip.
Vu la tête de l'infirmière, je suis foutue c'est sûr, on va me retirer mes enfants.
Elle me dit de me calmer et de dormir, demain, je pourrais les retrouver.
Demain.