La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
25 juin 2011, 6h30 :
Je me réveille en sursaut le coeur qui bat à fond la caisse.
Mes yeux sont encore difficiles à ouvrir que j'y pense, j'y pense tout de suite : bientôt le coup de fil de l'hôpital Moisi pour savoir si nous avons des embryons viables et combien.
Depuis les brumes de mon réveil trop matinal, j'aperçois l'Obsession assise au pied de mon lit. Elle me sourit, la garce.
Je me tourne et me retourne dans le lit, je me demande à quelle heure l'hôpital va nous appeler.
Comme je vois qu'il n'y a plus moyen de me rendormir, je me lève pour me faire un thé et pouvoir tourner en rond sans réveiller M. Lambda.
A 9h, enfin le téléphone sonne et je décroche un peu stressée.
C'est un laborantin de l'hôpital. Après s'être assuré de mon identité, il m'annonce que la récolte a donné des embryons viables.
Il y en a trois.
Nous devons nous rendre à l'hôpital Moisi pour 11h pour le transfert, d'ici là je suis priée de ne plus aller aux toilettes : ma vessie doit être pleine pour procéder au transfert d'embryon.
Je raccroche estomaquée.
Trois embryons? Seulement trois? Et dire que nous en espérions au moins six en pensant être raisonnables, encore une baffe dans la tronche.
Ca veut dire que là, si on en transfère deux et que ça ne marche pas, il n'en restera qu'un de congelé pour une nouvelle tentative.
Un peu secouée par la nouvelle, je vais réveiller M. Lambda et lui explique.
Il est étonné aussi du nombre d'embryons que nous avons, néanmoins nous prenons la décision de demander quand même le transfert de deux, comme nous l'avions prévu. Et on avisera la suite en temps et en heure.
Qui sait si nous n'aurons pas un coup de bol cette fois ci?
10h45, nous arrivons à l'hôpital, et là nous croisons le Dr Té, qui nous demande comment nous allons, et si mon mari a perdu un peu de poids depuis la dernière fois (quel con celui là!!).
Nous lui disons que nous allons procéder au transfert d'embryon, et il décide de nous accompagner.
Arrivés dans le service de la PMA, il s'éloigne de quelques pas avec une infirmière pour regarder notre dossier pendant quelques minutes, puis revient vers nous, avec elle :
"Bon, alors vous avez trois embryons, un très beau et deux moins beaux. Qu'est ce qu'on fait on en transfère un, deux? Bon allez, je suis de bonne humeur aujourd'hui, (se tournant vers l'infirmière) mademoiselle, indiquez qu'il y aura le transfert de deux embryons s'il vous plaît. Allez moi je retourne à ma garde, bonne chance!".
Et il s'en va. Nous n'avons pas eu le temps de piper mot.
Le Dr Té est de bonne humeur, alors nous pouvons transférer deux embryons??! C'est une blague?
De toute façon c'est ce que nous voulions, donc nous ne disons rien. Malgré tout le sentiment que tout nous échappe nous assaille une nouvelle fois, on a vraiment la sensation d'être des marionnettes que le Dr Té actionne au gré de ses envies.
Nous nous asseyons dans la salle d'attente et attendons d'être appelés.
Je commence à avoir très envie de faire pipi.
M. Lambda s'est plongé corps et âme dans le magazine Closer.
Mais ça y'est, c'est notre tour!
Un médecin, plutôt sympa, me fait entrer dans une petite pièce qui contient un siège gynécologique et un appareil d'échographie.
Il m'explique qu'il va procéder au transfert des deux embryons, comme demandé et que M. Lambda peut assister à l'acte. Il précise que ça ne me fera pas mal.
M'étant renseignée, je sais que ce qu'il va faire ressemble à ce que faisait ma gynéco pour les inséminations, et en effet, je sais que ce n'est pas douloureux.
Ouf.
Grâce à l'écran de l'appareil d'échographie, nous pouvons voir tout ce qui se passe.
Je suis installée sur le siège, M. Lambda me tient la main très fort, le médecin officie.
A l'écran nous voyons une longue tige qui dépose un point blanc lumineux, puis un deuxième.
Ce sont nos embryons. Ca y'est, ils sont là.
On est un peu émus, mon mari et moi.
Le médecin a terminé, il me demande de ne pas bouger du siège pendant un petit quart d'heure. Ensuite, je pourrais me lever et rentrer chez moi, et surtout bien continuer mon traitement de progestérone.
Puis il vient nous serrer la main en nous souhaitant bonne chance et s'en va.
Nous restons dans la pièce, M. Lambda et moi pendant les 15 minutes requises, en papotant.
Bon là, c'est sûr, à cet instant je suis enceinte!
Je sais que les deux semaines qui me séparent de la prise de sang vont être interminables, et quoiqu'en dise la terre entière, je compte bien me ménager au maximum pendant ce laps de temps, pour ne prendre aucun risque.
Les 15 longues minutes sont écoulées, je peux enfin me lever et aller aux toilettes, mon dieu j'en pouvais plus.
Sur le chemin de la voiture je n'ose même pas marcher vite, et pendant le trajet je stresse à chaque bosse, chaque ornière qui secoue un peu la voiture.
Enfin nous arrivons chez nous, nous sommes samedi aujourd'hui, et je compte bien ne pas quitter mon lit du week-end, histoire de ne pas compromettre nos chances.
Aujourd'hui, je commence la couvade de deux petits embryons, qui ont trois jours et n'en sont qu'au stade de blastocystes, mais que je supplie de s'accrocher de toutes leurs forces.
Et j'essaie de toutes les miennes, de ne pas penser à cette histoire d'embryon très beau et moins beau.