La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après.
23 juin 2011, encore :
Pendant que je me déshabille, j'entends les médecins qui discutent dans la pièce à coté, qu'ils préparent pour ma ponction :
"-Docteur, j'ai encore une patiente qui a beaucoup vomi, dit une voix de dame, la pauvre elle m'a fait mal au cœur.
-C'est normal, répond-il, c'est l'anesthésiant qui contient un peu d'opium, ça peut donner ce genre de réaction. Surtout veillez à ce que chaque patiente se repose bien après les ponctions et prenne son temps pour repartir, d'accord?
-Oui docteur."
Ce dialogue que je surprends me fait peur et me rassure à la fois.
Mine de rien, ce n'est pas rien ce que je m'apprête à subir, et heureusement les médecins ont l'air gentils et attentifs au bien être des patientes. Ouf.
Me voici parée : fesses à l'air sous ma blouse ouverte dans le dos, chaussons, charlotte, je suis fin prête.
Une infirmière vient me chercher, c'est la dame que j'ai entendu tout à l'heure.
Je m'installe sur le siège, en position gynécologique.
Le médecin me dit bonjour, ce n'est pas le Dr Té (je le retiens celui là avec ses "c'est moi qui pratiquerais la ponction, je serais gentil je ne vous ferais pas mal!").
Néanmoins, je crois que je préfère. Ce médecin ne passe pas son temps à faire des blagues foireuses, reste sérieux et surtout s'adresse à moi avec respect et gentillesse.
Il en va de même pour l'infirmière, qui voyant ma terreur, me tient la main et fait tout pour me rassurer.
Le médecin me prévient qu'on va me passer de la Bétadine dans le vagin et que ça va être froid.
Il m'explique aussi tout ce qui va se passer : il va pratiquer l'anesthésie locale, d'ailleurs la piqûre risque de faire un peu mal et il s'en excuse d'avance, puis ensuite on procèdera à la ponction d'ovocytes.
Donc il va introduire une sorte de très longue seringue, très fine, arriver jusqu'aux ovaires, et piquer dans chaque ovule pour prélever l'ovocyte qu'il contient.
Il donnera les ovocytes au fur et à mesure à quelqu'un derrière la vitre là (le quelqu'un en question me fait coucou, et même si je trouve ça un peu bizarre je lui fais signe aussi), qui les comptera à voix haute.
De mon côté, je pourrais tout suivre sur l'écran là à côté de moi.
Maintenant que je suis brieffée, on y va.
Le passage de la Bétadine est froid mais ça va, c'est pas dramatique.
Le médecin met en place le speculum et j'apprécie beaucoup qu'il ne se montre pas brutal.
C'est le moment de l'anesthésie. Il me prévient qu'il pique et... aie! Ah oui en effet ça fait un peu mal, ça surprend surtout. Mais ça va, ça reste supportable. Le médecin me félicite de ne pas avoir bougé.
Il attend quelques minutes, et commence à introduire la seringue, à travers une sonde pour voir à l'écran.
Franchement, je suis agréablement surprise : effectivement, l'anesthésie locale me permet de ne rien sentir du tout, le médecin pourrait passer là dedans une caméra de plateau télévisé, pied compris, que je ne capterais rien du tout, c'est super!
Je n'ai malheureusement pas applaudi longtemps.
On a commencé par l'ovaire droit, et dès qu'il a piqué dans l'ovule, c'est comme si un éclair m'avait traversé le ventre.
J'ai eu mal, vraiment vraiment. Tellement mal que j'ai senti mon estomac remonter aussitôt.
L'infirmière me serre un peu la main, et j'entends "UN!" : mon ovocyte est prélevé.
J'ai à peine le temps d'y penser qu'un nouveau flash de douleur me transperce, "DEUX!".
Troisième piqûre, je commence à pleurer.
J'aperçois le regard clair de l'infirmière qui compatis vraiment, il me semble qu'elle me dit quelque chose mais je ne l'entends pas, je crois que je suis en train de hurler.
"TROIS!".
Il en va ainsi pour chaque ovocyte prélevé, on m'en aura pris 4 en tout, à droite.
Voilà, la bonne blague de l'anesthésie locale : oui, effectivement, tout mon vagin est endormi, je ne sens rien de ce qui s'y passe. Mais, de l'autre côté de la paroi, dans l'ovaire, rien n'est anesthésié. Et là, je sens absolument tout ce qui se passe.
A travers l'épais brouillard qui s'empare de moi, je perçois l'Aigreur se pencher à mon chevet et me souffler à l'oreille "La prochaine fois, tu ferais mieux de t'écouter, quel connard ce Dr Té!!".
A peine le temps de souffler quelques secondes, on attaque l'ovaire gauche.
L'infirmière et le médecin sont toujours très gentils avec moi et essaient de me détendre.
C'est reparti.
"UN!"
Bordel, ça fait terriblement mal.
"DEUX!"
Je recommence à pleurer, j'en peux plus, c'est atroce!
L'infirmière me dit alors que mon ovaire bouge et qu'elle va devoir le maintenir pour pouvoir continuer la ponction.
Mon ovaire bouge? Comment ça il bouge?! C'est possible ça??
Elle me dit que c'est rare, mais que oui, ça arrive, et qu'elle va devoir appuyer fort sur mon ventre pour l'empêcher de bouger.
Elle appuie donc sur mon ventre, côté gauche. Mes ovules étant à bloc dans mon ovaire, je peux vous dire que ça fait très très mal.
Je crie, fort. Je les supplie en pleurant d'arrêter.
"TROIS!"
"QUATRE!"
Ma vue et mon ouïe commencent à se brouiller.
L'infirmière appuie de plus en plus fort et pourtant je la sens de moins en moins. Je vois ses yeux, ils sont jolis mais ils ont l'air affolés, qu'est ce qu'elle a?
Le médecin et l'infirmière me parlent non stop, j'ai beaucoup de mal à me concentrer.
Elle donne une pression plus forte sur mon ventre, et tout mes sens reviennent : la vue, l'ouïe, la Douleur.
"CINQ!"
Je ne vais pas tenir le coup, je pense que je ne vais pas tarder à mourir, mon coeur ne tiendra jamais.
"SIX!"
Ma tête me tourne fort. L'infirmière cesse sa pression sur mon ventre : voilà c'est fini.
On a prélevé 10 ovocytes en tout, et elle me dit que j'ai été très courageuse.
Le médecin enlève tout son bordel, et me regarde d'un air profondément désolé.
Que lui passe t-il par la tête à ce moment là? Je ne le saurais jamais, mais il me tapote le mollet de façon plutôt paternelle, l'air de dire "voilà, ca y'est, c'est fini".
L'infirmière retire une espèce de grosse serviette hygiénique de sous mes fesses, elle est pleine de sang. Je ne me sens pas très bien.
Elle m'aide à m'asseoir et à me relever tout doucement, et je manque de tomber à genoux : la Douleur s'est approché de moi tranquillement, et sans prévenir s'est saisi de mes ovaires pour en faire de la bouillie.
Je la vois se marrer tandis que mes jambes se dérobent, j'ai mal, tellement mal qu'elles ne peuvent plus me porter.
L'infirmière me soutient jusqu'à la petite pièce où je me suis changée et m'allonge en me disant qu'elle va m'apporter un anti douleur et de me reposer.
Elle s'en va et quelques minutes après la porte se rouvre : c'est M. Lambda qui vient me voir.
Je pleure à chaudes larmes, et je lui jure que c'est la dernière fois que je fais ça, que tant pis si ça foire, je ne veux plus jamais en entendre parler de toute ma vie.
Il sait que je n'ai jamais été aussi sincère et il en est profondément désolé.
Au bout d'un moment je parviens à me relever et à m'habiller, tout doucement.
L'infirmière est revenue avec un anti douleur et m'explique que je dois bien mettre un ovule de progestérone le matin et un le soir.
Après demain, samedi, l'hôpital m'appellera pour me dire combien d'embryons ont donné mes ovocytes et s'il y en a de viables, alors on procèdera au transfert le même jour.
Elle me recommande enfin de bien me reposer aujourd'hui.
M. Lambda et moi quittons enfin l'hôpital Moisi pour rentrer chez nous.
La route en voiture est une torture j'ai si mal que je ne peux m'arrêter de pleurer.
Arrivés à la maison je vais tout de suite m'allonger et finis par m'endormir, souffrante mais heureuse que ce soit fini.
La Douleur s'est assise à mon chevet et me veille avec une tendresse toute maternelle, en prenant bien soin d'écrabouiller consciencieusement mes ovaires.
J'ai hâte que tout ça soit enfin derrière moi.