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31 janvier 2012

Taux hormonal : en pente douce

 

"MADAME? CA VA?"

Je sursaute, enfin pour autant que l'on puisse appeler cela un sursaut au vu de mon état pâteux. Disons plutôt que je fais un vague mouvement des épaules.

 

Ca doit bien faire 754 fois qu'on me le demande. Qui? Allez savoir, puisque personne ne se présente jamais dans cette dimension parallèle. Des gens en blouse rose, verte.

Malheureusement, je suis complètement incapable de leur répondre. Je suis tellement a l'ouest que je ne peux absolument rien articuler.

 

Heureusement, grâce à la grossesse j'ai regardé beaucoup de téléfilms dramatiques pendant mes longs après midi de repos, et comme les héros parfois privés de parole, j'essaie de communiquer par le regard.

En vain.

Non seulement je laisse planer un suspens insoutenable en ne donnant aucun indice sur la façon dont je me sens, mais en plus je dois passer pour la tarée de service en roulant des yeux comme ça.

 

Deux heures en salle de réveil

J'ai l'impression d'être défoncée. Ces foutus cachets qu'on m'a donné sont vraiment de la merde, mon corps ne me répond plus ou presque.

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis la, mais je n'ai pas l'impression que mon état s'améliore.

 

il fait très gris dehors, il y a un petit velux en face de moi, mais je ne saurais dire quelle heure il est, je sais juste que je suis arrivée ici dans les environs de midi.

Alors j'attends et je regarde un peu autour de moi.

On est beaucoup dans cette pièce et il y a aussi beaucoup de machines très bruyantes qui bipent, ronronnent, des gens qui s'agitent, parlent très fort.

Les murs sont nus, gris ou peut être beiges devenus gris, je ne saurais trop dire.

 

Quelqu'un vient interrompre ces pensées sur la déco en me disant qu'il est 16h30.

Quoi? mais ne devrais je pas être sortie?

Cela dit mes jambes sont toujours très anesthésiées, je ne peux pas les bouger, je ne sens rien.

J'essaie de prendre mon mal en patience

Deux heures en salle de réveil

L'équipe en place ce jour là est vraiment gentille, et même s'ils ont cette manie de crier et de tout le temps me poser la même question, je les vois s'affairer autour de moi : m'apporter de l'eau, remettre mon drap, me parler gentiment...

La sensation dans mes jambes revient progressivement.

 

Une infirmière (enfin je devine), s'approche et m'explique que l'on va me faire ce qu'elle appelle des expressions, sur le ventre.

C'est à dire qu'elle va appuyer sur mon ventre, le pétrir comme de la pâte à pain, pour sentir l'utérus, veiller à bien le remettre en place, et éventuellement évacuer quelques restes.

Oui, moi aussi j'ai trouvé ça dégueulasse.

Deux heures en salle de réveil

Punaise, ça fait super mal ce truc! La Douleur me demande si elle m'avait manqué, en plantant ses yeux dans les miens pendant que j'essaie de hurler.

L'infirmière est sympa elle m'aide à respirer et n'appuie que lorsque j'expire mon souffle, et ça devient plus supportable.

Quand elle arrête enfin, je retombe sur mon oreiller, a bout de souffle et en sueur.

Les expressions se font a un intervalle régulier, me laissant à chaque fois épuisée, sur le carreau.

Je vois la nuit tomber par la petite lucarne. Je commence à désespérer de revoir Daylan et Lorna de sitôt.

 

Un infirmier me le confirme peu après : au vu de mon état et de ma tension trop haute, je vais passer la nuit ici pour être sous surveillance, et je pourrais regagner ma chambre demain.

J'ai envie de pleurer, ça pue ce plan, je vois bien que je suis coincée ici et je sens que ça va encore être sans fin.

Deux heures en salle de réveil

L'infirmier me regarde avec beaucoup de pitié et de bonté.

 

Il me dit : "ma pauvre petite dame, vous avez les lèvres toutes gercées, toutes craquelées. Vous devez avoir mal... attendez, regardez ce que j'ai : c'est de la lanoline pure, on en met sur les tétons des mamans qui allaitent, quand elles ont des crevasses. Laissez moi vous en mettre, vous allez retrouver des lèvres en bon état rapidement avec ça. En plus vous allez voir, comme c'est fait pour être utilisé pendant l'allaitement, il y a un petit goût sucré dont vous me direz des nouvelles! Lààà, voilà. Vous irez vite mieux ma petite dame."

 

Je suis touchée par cet infirmier qui prend tant soin de moi. Je me sens toujours à la dérive dans mon état comateux, mais sa bienveillance m'est parvenue quand même, et je sais à cet instant que je ne l'oublierais jamais.

 

Sa collègue qui s'occupe de moi aussi, appelle la néonat pour savoir comment vont mes bébés et me passe le téléphone. Mais je suis tellement décalquée que je peux à peine tenir le combiné, j'ai beaucoup de mal à parler et je ne capte rien à ce qu'on me dit.

Je suis dans un désarrois profond en raccrochant.

Deux heures en salle de réveil

Un peu après, quelqu'un me demande le numéro de mon mari pour qu'il vienne me voir, j'ai droit aux visites entre 19h et 21h. J'arrive à composer le numéro sur le téléphone de service vu que je n'ai toujours pas retrouvé l'usage (correct) de la parole.

 

Fidèle à ses petites habitudes le Temps s'étire de tout son long, comme un chat qui se prélasse sur le tapis, il roule, sur moi, autour de moi, et rit de me tenir prisonnière entre ses griffes.

A part qu'il fait nuit par la lucarne, je n'ai aucune indication quant à l'heure qu'il peut être.

Je dérive, m'englue, et tour à tour je lutte et me sens à moitié submergée  dans cette pâte qui m'englobe, me cloue sur mon lit.

Deux heures en salle de réveil

Monsieur Lambda finit par arriver.

 

Tout ce temps il était avec les bébés, ou en train de m'attendre puisque je devais revenir au bout de deux heures.

Il me dit qu'il était mort d'inquiétude, il n'a eu aucune nouvelle de moi jusqu'à ce que l'infirmière l'appelle pour lui dire de venir.

Il commence à parler, parler, parler, de l'installation des petits, de la néonat, de comme c'est impressionnant, que nos bébés sont des battants, qu'il a bien envoyé tous les sms prévus, appelé toute la famille... et moi je n'entrave rien du tout, je suis à la ramasse comme je ne l'ai jamais été, j'ai du mal à suivre ce qu'il dit et lui ne comprend rien à ce que j'essaie de lui répondre.

 

Il finit par partir pour se reposer un peu, et on se dit au revoir en attendant demain, que je puisse sortir de la salle de réveil.

L'infirmier et sa collègue viennent aussi me dire au revoir, ils sont de repos jusqu'à la fin de la semaine.

Ils me souhaitent plein de bonnes choses et m'assurent que je suis entre de bonnes mains.

 

Je ne devais jamais les revoir, ni même avoir une équipe aussi gentille avec moi.

Je les regarde s'éloigner et passer la porte battante, en posant ma tête sur l'oreiller.

Demain. Demain je retrouverais mes bébés.

Deux heures en salle de réveil

Published by Mme Lambda

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"La Procréation Médicalement Assistée sous son vrai jour. Ma vie avant, pendant et après." -Mme Lambda.

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